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Alors que les dépenses de santé s’accumulent dans le sillage de la COVID-19, les cigarettiers devraient être tenus responsables des effets nocifs du tabagisme sur la santé

STOP exhorte les gouvernements et les sociétés civiles à tenir les sociétés productrices de tabac responsables du fardeau qu’elles font peser sur les populations et les systèmes de santé.

(New York, 8 juin 2020) – Dans le contexte actuel de propagation de la pandémie de COVID-19, STOP (Stop Tobacco Organizations and Products), un organisme de surveillance de l’industrie mondiale du tabac, a publié la déclaration qui suit exhortant les gouvernements et la société civile à obliger les fabricants de tabac à rendre des comptes en raison du fardeau qu’ils font peser sur les populations et sur les systèmes de santé :

« Il est quasiment certain que les fabricants de tabac ont une part de responsabilité dans la gravité de la pandémie de COVID-19. Depuis plusieurs décennies maintenant, leurs pratiques incessantes de commercialisation et de vente de produits toxiques et dépendogènes ont affaibli la santé de millions de personnes à travers le monde. Le coût de traitement des maladies liées au tabac qui en découle exerce d’énormes pressions sur les systèmes de soins de santé.

Comme le montrent les données, les fumeurs sont, en général, davantage exposés au risque d’infections pulmonaires telles que la pneumonie, la grippe et la tuberculose. Le tabagisme affaiblit également le système immunitaire et compte parmi les causes principales de maladies non transmissibles comme les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires chroniques et le cancer. Les premières études indiquent que les fumeurs et les personnes atteintes de maladies non transmissibles qui contractent la COVID-19 peuvent développer une forme plus sévère de la maladie et connaître des conséquences plus graves. L’Organisation mondiale de la Santé a fait savoir que même l’acte physique de fumer peut rendre les fumeurs plus vulnérables face à la COVID-19 en raison du risque de contact entre les doigts (et les produits potentiellement contaminés) et la bouche.

Alors que des millions de consommateurs de tabac sont aux prises avec une maladie liée au tabagisme et exposés à des conséquences potentiellement plus graves de la COVID-19, les fabricants de tabac continuent de saper les tentatives des gouvernements visant à stopper les ventes de cigarettes et promouvoir le sevrage tabagique. Dans des pays comme le Bangladesh et le Pakistan, par exemple, l’industrie du tabac a réussi à obtenir des exemptions qui lui permettent de poursuivre la fabrication et la vente de ses produits. Une usine appartenant à Philip Morris Brésil a même augmenté sa production.

Avant même la pandémie de COVID-19, le tabac faisait déjà peser un fardeau considérable sur les systèmes de santé, partout dans le monde. Une étude publiée en 2018 par l’Organisation mondiale de la Santé a estimé que 462 milliards de dollars américains étaient dépensés chaque année en soins de santé en raison du tabagisme. À présent que les systèmes de soins de santé renforcent leurs capacités face au nombre croissant de patients atteints de la COVID-19 et que certains gouvernements se préparent à rouvrir leurs économies, des fonds encore plus importants devront être mobilisés en raison de l’insuffisance des investissements et des infrastructures dans le domaine de la santé publique. Et le pronostic est plus sombre encore pour les pays pauvres : selon le magazine The Economist, les dépenses de santé par habitant au Pakistan, par exemple, s’élèvent à un deux-centièmes de celles des États-Unis.

Les fabricants de tabac engrangent pourtant des profits extraordinaires. D’après Corporate Accountability International, les cinq premières multinationales du tabac ont engrangé 35 milliards de dollars de bénéfices en 2016. Le groupe Philip Morris International a déclaré un bénéfice net de 7,1 milliards de dollars à lui seul en 2019.

Nous estimons que les fabricants de tabac doivent payer pour les dommages que le tabagisme causait avant la pandémie et qu’il continue de causer alors que la planète se démène pour lutter contre la COVID-19. Plusieurs options s’offrent aux gouvernements :

  • Augmenter les droits d’accise sur le tabac : Les taxes sur le tabac comptent parmi les mécanismes les plus efficaces pour réduire le tabagisme et augmenter les recettes publiques. Dans la majorité des pays/pays à revenu faible et intermédiaire, toutefois, les taxes sur le tabac demeurent peu élevées et les produits du tabac restent abordables. Le Royaume-Uni, par exemple, lève plus de 9 milliards de livres en taxes d’accise sur le tabac et les Philippines utilisent les taxes sur le tabac pour financer les soins de santé universels.
  • Responsabilité : Les gouvernements ayant ratifié la Convention-cadre pour la lutte antitabac, qui est un traité mondial, ont le pouvoir de tenir les fabricants de tabac financièrement responsables de leurs abus par le biais de systèmes/mécanismes de responsabilité administrative, civile et pénale. Les efforts de recouvrement des coûts liés aux soins de santé peuvent générer des fonds indispensables pour soutenir les systèmes de santé. Les fabricants de tabac ont ainsi été contraints à verser au moins 205 milliards de dollars au gouvernement des États-Unis. Le gouvernement du Brésil est l’un des derniers en date à avoir engagé une procédure contre l’industrie du tabac ; il poursuit Philip Morris International et British American Tobacco afin de récupérer les fonds dépensés pour le traitement des maladies liées au tabac dans le système de santé national.
  • Augmenter le prix de vente du tabac : Les gouvernements peuvent percevoir des redevances auprès des fabricants de tabac destinées à financer les services d’aide au sevrage. L’Organisation mondiale de la Santé suggère au titre de ces redevances :
    • des redevances de licence de fabrication
    • des redevances de licence d’importation
    • des redevances d’homologation des produits du tabac
    • des licences de vente pour les distributeurs et les détaillants
    • des amendes imposées à l’industrie du tabac et aux détaillants de tabac pour nonrespect des prescriptions, telles que des sanctions administratives d’ordre monétaire
    • et des taxes annuelles pour la surveillance et la lutte antitabac imposées à l’industrie du tabac et aux détaillants.
  • Éliminer le traitement préférentiel et combler les lacunes : Dans certains pays, les cigarettiers bénéficient d’un traitement préférentiel, d’allégements fiscaux et d’exemptions. C’est le cas par exemple du Cambodge, avec la suppression des droits de douane sur les feuilles de tabac exportées vers le Vietnam au profit des agriculteurs enregistrés produisant plus de 3 000 tonnes de tabac.

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, les cigarettiers sont accusés de « manœuvres publicitaires honteuses ». Ils ont ainsi fait don de respirateurs, de masques et d’eau à des ministères de la Santé et ont versé des dons à des organismes de bienfaisance. Mais ces gestes purement symboliques ne pèsent pas lourd si on les compare aux dommages causés et aux bénéfices engrangés au détriment des individus et des gouvernements.

S’il est vrai que les coûts humains de la pandémie de COVID et de l’épidémie de tabagisme pourraient en fin de compte s’avérer incalculables, les coûts liés aux soins de santé, au redressement économique et aux investissements en faveur d’une meilleure santé publique seront, quant à eux, bientôt clairement mis en évidence. Les gouvernements ont le pouvoir de promouvoir le sevrage tabagique au travers de politiques efficaces et ils peuvent assurément contraindre les cigarettiers à payer pour les dommages qu’ils ont causés avant et pendant la pandémie. »


À propos de STOP (Stopping Tobacco Organizations and Products)

STOP est un organisme de surveillance de l’industrie mondiale du tabac dont la mission est de mettre au jour les stratégies et les tactiques déployées par cette dernière qui nuisent à la santé publique. Financée par Bloomberg Philanthropies, STOP est une coalition de partenaires composée du Tobacco Control Research Group (Groupe de recherche sur la lutte antitabac) de l’Université de Bath, du Global Center for Good Governance in Tobacco Control (GGTC) (Centre mondial pour la bonne gouvernance en matière de lutte antitabac), de l’Union Internationale contre la Tuberculose et les Maladies Respiratoires (l’Union) et de Vital Strategies. Pour de plus amples informations, n’hésitez pas à consulter le site exposetobacco.org/fr.